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Conjuguez ces gamins !

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Cette semaine j’ai appris. Cela peut paraître aberrant, une enseignante qui apprend. Un peu comme un chauffeur routier qui roulerait à nouveau avec un L à son pare-brise, ou comme un banquier qui se remettrait aux calculs en colonne.

J’ai appris. J’ai été remise à ma place, face aux réalités.

 

Cette semaine, j’ai fait une cure de grandeur. J’ai écouté. L’ampleur et la complexité de l’école et de son rôle m’ont fait taire. Je n’ai plus rien su. C’est très bien un enseignant qui ne sait plus. Je crois même qu’il faut s’en méfier. Savoir c’est s’asseoir sur les choses. C’est se suffire de ce qu’on fait. Alors que ne plus rien savoir c’est toujours recommencer. Sans cesse réinventer.

 

J’étais bien moi dans ma petite classe entre le radiateur et mes façons de faire déjà assises. Déjà rodées. J’étais bien dans les routines, la poussière des craies et les punitions qui chialaient dans un coin, tristes de sentir qu’elles ne servent à rien. J’étais bien. Cette « balade des savoirs » j’aurais pu ne pas lui ouvrir la porte. Pas l’envie, pas le temps, pas la curiosité même. J’aurais pu la laisser filer dans le vestiaire comme on met aux vieux papiers une publicité mensongère.

 

Seulement voilà, j’ai ouvert ma classe. Un peu à reculons au départ. J’ai laissé entrer la balade et avec elle, un joyeux projet s’est installé sur les murs et dans l’envie des élèves. Autour du mois d’octobre, l’échéance était donnée : Daniel Picouly, écrivain français, allait venir à la rencontre des enfants le vendredi 16 janvier. Soudainement, la machine s’est mise à ronronner : « Ou pourrait écrire un livre ! », « On pourrait lui demander des trucs ! », « On pourrait lui faire des dessins ! »

 

Les « on pourrait » ont envahi la classe et notre temps s’est articulé autour de ce conditionnel cher à leur cœur. C’était bien joli tout ça, mais j’allais caser où mes heures d’orthographe, de géographie et d’éducation physique ? Après les plaintes, je me suis souvenue que face aux élèves, il n’y a aucune obligation protocolaire, aucune démarche méthodologique à suivre à la lettre. Face aux élèves, il y a quelqu’un qui a fait le choix de sauter sans cesse entre motivation, objectifs et imagination. Face aux différences des enfants, il y a quelqu’un qui doit bricoler des liens, qui doit renforcer des attitudes et soutenir cette envie si fragile et diffuse.

 

Me rappelant que j’étais ce quelqu’un, il me fallut donc ordonner les « on pourrait » et utiliser l’excitation ambiante pour en faire un chemin viable jusqu’au jour J. Rien ne fut rose, rien ne fut noir. Et la rencontre arriva, sorte de fenêtre ouverte dans la classe. Sorte de mélange improbable de paroles d’enfants et de leçons de sage. « La balade des savoirs » avait commencé, semant sur son passage réflexions et discussions.

Au-delà des interrogations enfantines, Monsieur Picouly et les autres intervenants de la balade ont certainement planté des graines dans la tête de ceux qui ont su les écouter. Ces petites graines, je tente de les garder pour ensuite les faire pousser et voir si je suis bonne jardinière. Voici quelques phrases attrapées ici et là, que chacun de nous devrait lire parfois :

 

 

« Un bon enseignant, c’est celui qui conjugue ses élèves au futur. »

« Les adultes de demain doivent apprendre à ne pas être dépendants de leurs émotions. »

« Est-ce que l’école a intérêt à ce que les élèves ne réfléchissent pas pour obéir ? »

« Les jeunes en formation, pour être les adultes de demain, devraient pouvoir se construire un ensemble de projets. »

« L’école d’aujourd’hui, répond-elle aux besoins des jeunes d’aujourd’hui ? »

« N’enseigne-t-on pas seulement ce que l’on peut corriger ? »

« Il faut tout un village pour éduquer un enfant. »

« Si déjà on apprenait ensemble à regarder ce qui se passe à l’école, peut-être que l’on pourrait modifier ensemble la formation des jeunes. »

« Quand déciderons-nous de jeter un certain nombre de savoirs ? »

 

Maintenant, il n’y a qu’à…

 

Voir les enfants dans leur entier, accepter leurs différences, les comprendre, c’est leur donner la chance de grandir. Voir les enfants comme ils seront, comme ils veulent devenir c’est aussi leur montrer la route. Conjuguons les élèves au futur ! Cette exclamation fait écho à un certain professeur de HEP qui nous rappelait d’une voix grave : « Faites-moi chanter ces gamins ! » Et si chanter et conjuguer faisaient bon ménage ? Et si se balader dans les savoirs n’était pas si compliqué que ça ? Utopie ? Réalité ? A chacun d’en juger ! Tout ce que je pense savoir grâce à cette semaine, c’est qu’il y a encore du travail et que jamais nous ne cesserons de remonter nos manches.

 

Bien à vous.

 

 

Dernier rendez-vous : aujourd’hui, samedi 17, dans toute la ville de Martigny !!

 

 

Conférence chez Gianadda : http://www.spval.ch/balade-des-savoirs-2015/streaming-en-direct/streaming-en-direct/view

 

Source : l'1dex.ch

 

 

John Lennon : « Quand je suis allé à l’école, les enseignants m’ont demandé ce que je voulais être quand je serai grand. J’ai répondu : heureux. Ils m’ont répondu que je n’avais pas compris la question. J’ai répondu qu’ils n’avaient pas compris la vie. »

 
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