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"Tu sautes dans l'eau, et tu apprends à nager."

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Quel professionnel pourrait oser affirmer qu’il a été formé pour tout et qu’en toutes circonstances il saura trouver seul le geste juste ou la réponse adéquate ?

Les multiples petites tâches qui composent la mission de l’enseignant peuvent évoquer les taches bigarrées d’une œuvre de Paul Signac. Ces touches de peinture n’ont de sens que si l’observateur prend du recul par rapport au tableau. L’enseignant est un pointilliste de l’éducation. Il n’a de chance de réussir sa mission que s’il est capable d’anticiper avec confiance la complémentarité des centaines de pixels que constituent ses actions quotidiennes. L’actuelle HEP, comme l’ancienne Ecole Normale, n’est pas en mesure de fabriquer les impressionnistes inspirés dont l’école à besoin. Elle peut tout au plus leur prêter des pinceaux et les familiariser aux mélanges des couleurs. Ensuite, il s’agira pour chacun de faire appel à son génie propre, il sera inutile de convoquer celui du lavabo pour effacer les taches mal disposées sur la toile. La superposition des couches sera sans doute plus utile que la gomme pour corriger les tirs qui auront raté leur cible.

Entrer en classe c’est débarquer sur la Lune. Le scaphandre est parfois flottant aux entournures et les Armstrong d’aujourd’hui n’ont pas toujours eu le temps de réfléchir à la phrase qui restera gravée dans les mémoires. « Un petit pas pour l’homme… » Il faut bien faire avec et montrer du caractère pour enjamber les cratères.

Neil Armstrong et Christophe Colomb ont-ils été formés pour frotter leurs semelles aux espaces à découvrir ?

La formation initiale et la formation continue doivent alimenter la caisse à outils du pédagogue. Sur le terrain, il faudra choisir l’instrument approprié ou combiner l’action de différents ustensiles pour dégager la statue cachée dans le bloc de marbre. N’est pas Michel-Ange qui veut. Nos David restent souvent dans leur gangue ou dans leur gang. Il faut l’accepter, la bonne volonté ne garantit pas toujours la réussite.

On entend parfois des collègues s’essouffler sous la multiplication des responsabilités qui alourdissent la profession. Personne ne leur lancera la pierre. La réalité est là et il est certainement vain de dire que l’on n’a pas été formé pour remplir toutes les missions. La tentation de se décharger sur l’un ou l’autre spécialiste guette le praticien fatigué. Dans la période de grands changements que nous vivons, les assauts contre la stabilité sont nombreux. Le souci de perfectionnisme, fort répandu dans la corporation, n’aidera pas à dissiper doutes et incertitudes. Quels remèdes peuvent nous aider à traverser les champs de mines déconfites que peuvent devenir les salles des maîtres ?

Il ne faut pas rester seul avec un problème pédagogique. L’enseignement mal vécu tue l’enthousiasme aussi sûrement que la fumée ou l’alcool assassinent leurs plus fervents serviteurs. Accepter les limites de son action et oser montrer ses lacunes constitue un premier pas. Personne n’est assez fort pour vaincre toutes les difficultés. Des livres de recettes parcourus en formation, il faut savoir tirer la liberté de changer les proportions et se forcer à varier les assaisonnements. Il faut aussi dompter les moyens d’enseignement pour qu’ils restent des serviteurs et ne prennent pas la place du maître. Il faut encore tuer la dictature du plaisir d’apprendre et ne jamais renoncer à l’exigence. Il faut enfin s’accorder la confiance qui nous permet de savoir faire ce que nous n’avons jamais appris.

Dans mes premières années d’enseignement, j’ai eu la chance de collaborer avec un de mes anciens enseignants, devenu collègue. Une confiance inébranlable l’habitait. Confiance en son expérience, en l’inépuisable curiosité de ses élèves et surtout en l’humain qui peut traverser les montagnes. Aux jeunes collègues qui travaillaient avec lui, dans les moments de difficultés, il proposait invariablement la didactique qu’il pratiquait. Il l’appelait la méthode Johnny Weissmuller. Elle se résumait en une phrase : elle sert de titre à cet article.

Didier Jacquier

Président SPVal

 
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